Quand le bâtiment mise sur le recyclage avec l’économie circulaire

Quand le bâtiment mise sur le recyclage avec l’économie circulaire

Un immeuble de 12 logements sort de terre. C’est le premier bâtiment construit grâce à l’économie circulaire, en Eure-et-Loir. © Quentin reix
Ce concept sera l’un des principaux axes du Salon mondial du bâtiment, qui débute aujourd’hui, à Paris. Le Cerib, centre de recherches et d’innovation spécialisé dans le béton, à Épernon, sera présent, notamment pour évoquer l’économie circulaire.

Les engins de chantier s’affairent depuis près huit mois, rue Jean-Laillet, dans le quartier des Clos, à Chartres. C’est ici que se construit une nouvelle résidence baptisée “Le Onze”.

Un ensemble de douze logements présenté comme un exemple de l’économie circulaire dans le secteur de la construction, en Eure-et-Loir. Porté par le réseau Procivis, avec Pierres et Territoires Eure-et-Loir (maître d’ouvrage), ce projet entend s’inscrire dans le respect de l’environnement avec des techniques innovantes.

Un immeuble sort de terre grâce aux circuits courts, à Chartres

Parmi elles, l’utilisation de granulats de béton recyclé, issus de la démolition. Les 400 m³ de béton utilisés pour la structure de ce bâtiment comportent, en effet, près de 80 tonnes de granulats de béton recyclés, intégrés à un taux de substitution de 20 %. Un béton récupéré notamment sur les chantiers de démolition d’immeubles des Clos et du collège Hélène-Boucher, en lien avec Chartres Métropole.

Ces granulats ont été transformés par Granudem (entreprise Poullard), à Poisvilliers, spécialisée dans le recyclage des bétons en sable et en graviers, qui sont réinjectés dans la fabrication de nouveaux bétons.

« Reconstruire en utilisant des matériaux issus de la déconstruction »

Le Centre d’études et de recherches de l’industrie du béton (Cerib) d’Épernon a accompagné cette innovation, avec d’autres partenaires, comme la Fédération de l’industrie du béton, par des études et une aide à la mise en œuvre. Le Cerib, reconnu d’utilité publique et institué en 1967, compte près de 170 collaborateurs et exerce son activité entre essais, recherches, certification ou appui technique.

Le Cerib mise sur l’étude et le développement de l’économie circulaire. Ce modèle économique vise à produire de manière durable, pour limiter les consommations, réutiliser les matériaux et recycler les déchets. Le recyclage du béton est, par exemple, une réalité depuis plusieurs années : les bétons issus de déconstruction sont valorisés en sous-couche routière.

« Nous avons ouvert un nouveau département au Cerib, il y a un an et demi, sur cette thématique de l’économie circulaire. Depuis, nous sommes amenés, à l’échelle nationale et régionale, à accompagner un certain nombre d’acteurs de la construction. Il s’agit notamment des maîtrises d’ouvrage, publiques ou privées. C’est le cas de la métropole de Chartres par exemple, où des réflexions sont menées autour du programme de rénovation urbaine, avec cette notion de savoir déconstruire de manière optimum pour, ensuite, reconstruire en utilisant de préférence des matériaux issus de la déconstruction. »

« On a un contexte assez favorable à la réutilisation des bétons issus de la déconstruction, pour refaire de nouveaux bétons. »

Si l’économie circulaire est concrète dans le bâtiment aujourd’hui, sa marge de progression est importante. La France produit environ 260 millions de tonnes de déchets du BTP (bâtiment et travaux publics), tous les ans. Aujourd’hui, seule une partie de ces déchets, dont le béton, est recyclée. La part de granulats recyclés est estimée à environ 10 % de la production nationale totale de granulats, selon le programme Recybeton (*).

Philippe Francisco, responsable du département économie circulaire au sein du Cerib, indique : « Dans le BTP, il y a besoin d’avoir davantage de traçabilité pour quantifier les choses. Suivre et contribuer à l’évolution des normes et des réglementations fait partie des missions d’intérêt général du Cerib, en lien avec les enjeux du moment et donc l’économie circulaire. Concernant les exigences normatives, on peut considérer, aujourd’hui, qu’on a un contexte assez favorable à la réutilisation des bétons issus de la déconstruction, pour refaire de nouveaux bétons. »

Des taux de valorisation différents

La loi Notre du 7 août 2015 a confié aux Conseils régionaux la responsabilité d’établir un Plan régional de prévention et de gestion des déchets.

« Le projet de Plan, en Auvergne-Rhône-Alpes, annonce un taux de recyclage supérieur à 90 % pour le béton issu de la déconstruction. C’est un objectif. Le recyclage dépend de la typologie des matériaux. Les déchets issus du BTP sont divers et variés. Il y a des déchets inertes, dangereux ou pas… On sait que les taux de valorisation sont différents en fonction de la valorisation des déchets rencontrés. »

Conjuguer environnement et économie.
La réutilisation du béton issu de la déconstruction dans de nouveaux bétons et son utilisation comme matière première pour la production de ciments sont deux objectifs réalisables. Mais la question environnementale ne peut être l’unique moteur de l’économie circulaire pour le BTP, comme le souligne Marjorie Petitpain, du Cerib : « Aujourd’hui, on met en avant l’aspect environnemental, mais il faut garder à l’esprit que le côté économique est primordial. Il faut une logique technique qui ne soit pas ponctuelle. Il faut que ce soit intéressant techniquement et économiquement pour les acteurs. » Philippe Francisco (Cerib) ajoute : « Pour s’affranchir de ces questions de surcoûts qui peuvent faire peur, il s’agit d’avoir un flux et une activité continue et pérenne dans l’économie circulaire. Cela fonctionne quand les projets se multiplient. On arrive, dans toute la France, à trouver des opérations phares, souvent par les Régions ou les Métropoles. Les acteurs se mettent alors en ordre de marche pour générer un volume suffisant. »

Simon Dechet

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