Demain, des millions de réfugiés climatiques : le scénario catastrophe est hélas réaliste

Demain, des millions de réfugiés climatiques : le scénario catastrophe est hélas réaliste

LE PLUS. Îles englouties, feux de forêt dans le nord, sécheresse et températures record dans le sud : l’avenir aux couleurs du réchauffement climatique est loin d’être rose… Reste à savoir si ces situations catastrophiques pourraient être évitées, fait valoir notre contributeur Jean-Paul Fritz.

Les 100.000 personnes évacuées autour de Fort McMurray sont-elles des réfugiées climatiques ? (RCMP Alberta/Alberta RCMP/AFP)

 

Cinq des îles Salomon sont aujourd’hui sous l’eau. Bien sûr, ce n’était pas des îles très grandes, entre un et cinq hectares, et elles n’étaient peuplées en tout « que » de quelques dizaines de personnes, mais elles existaient en 1947, et en 2014, elles étaient sous l’eau.

 

C’est en comparant des photos aériennes et satellite prises entre ces deux dates et en examinant les archives locales que des chercheurs australiens ont pu mettre en évidence cette disparition, et constater que dans le même archipel six autres îles ont subi une régression sévère de leur ligne côtière, qui a détruit au moins deux villages et provoqué l’exil de leurs habitants.

 

Et ce n’est qu’un exemple parmi les communautés insulaires du monde entier : le niveau de la mer ne monte peut-être pas de manière spectaculaire, mais il monte inexorablement, de 7 millimètres par an aux îles Salomon, selon l’étude australienne.

 

Le niveau des océans va monter

 

Autre exemple, en Louisiane, l’île à Jean Charles, occupée par une communauté d’Indiens d’Amérique, était une bande de terre de 17,7 km de long et 8 km de large dans les années 1950. Aujourd’hui, elle est de 3,2 km dans sa plus grande dimension… pour seulement 400 mètres de large.

 

Même si le réchauffement climatique n’est pas le seul responsable dans ce cas, la tribu vient de recevoir des fonds pour être relogée, ce qui en fait tout de même le premier cas de réfugiés climatiques aux États-Unis.

 

Même avec les scénarios les plus optimistes, le niveau des océans va monter d’ici à la fin de ce siècle, et provoquera des déplacements importants de population. Certaines parties du monde, à la fois très basses et très peuplées comme le Bangladesh, risquent de fournir un nombre colossal de réfugiés.

 

L’incendie canadien : le premier d’une longue série ?

 

Mais la montée du niveau des eaux n’est pas le seul effet du changement climatique pouvant provoquer des déplacements de populations, et l’actualité récente nous en a hélas donné un exemple. Si l’on ne considère pas encore les 100.000 personnes évacuées autour de Fort McMurray comme des réfugiés climatiques, elles pourraient cependant l’être en partie.

 

Une étude menée par l’université du Montana vient de montrer que les risques de feux de forêt touchaient jusqu’à l’Alaska, et qu’ils pourraient y être quatre fois plus nombreux d’ici la fin de ce siècle.

 

Comme le relevait le New York Times mercredi, le réchauffement est en effet une menace pour les forêts boréales : il assèche les arbres, et provoque une fonte précoce de la neige, deux éléments qui contribuent à un nombre croissant de feux de forêt. Le risque est bien là.

 

Des parties du Maghreb et du Moyen-Orient inhabitables ?

 

Ce n’est malheureusement pas tout. Une étude de l’Institut Max Planck (Allemagne) et du Cyprus Institute (Chypre) envisage les différents scénarios du réchauffement climatique pour les régions de l’Afrique du Nord et du Moyen-Orient et laisse présager un véritable « exode climatique » en provenance de ces régions.

 

Pour ces chercheurs, « la température en été dans les déjà très chauds Moyen-Orient et Afrique du Nord va augmenter plus de deux fois plus vite comparé au réchauffement global moyen ». Ce qui signifierait que les températures durant les journées estivales dans ces régions pourraient atteindre les 46 degrés d’ici le milieu du siècle.

 

« De tels jours extrêmement chauds se produiront cinq fois plus souvent que c’était le cas au début du millénaire. En les combinant avec l’augmentation de la pollution de l’air par les vents porteurs de sable du désert, les conditions environnementales pourraient devenir intolérables et pourraient forcer les gens à migrer », explique-t-on au Max Planck Institute.

 

Ces situations catastrophiques peuvent-elle être évitées ?

 

Si l’on en croit cette étude, ces changements dramatiques seraient pratiquement inévitables.

 

« Même si la température de la Terre n’augmentait en moyenne que de deux degrés par rapport à l’ère pré-industrielle (c’est le scénario espéré par la COP21 et que certains estiment déjà irréaliste), la température en été dans ces régions connaîtrait une augmentation plus de deux fois supérieure. D’ici au milieu du siècle, durant les périodes les plus chaudes, les températures ne retomberont pas au-dessous des 30 degrés la nuit, et durant la journée, elles pourront monter jusqu’à 46 degrés. D’ici la fin du siècle, les températures à midi durant les journées chaudes pourraient même monter jusqu’à 50 degrés… Les périodes de canicule pourraient également se produire dix fois plus souvent qu’aujourd’hui. »

 

La durée de ces canicules serait également en augmentation. « Entre 1986 et 2005, il faisait très chaud pour une période moyenne de 16 jours. D’ici au milieu du siècle, il sera inhabituellement chaud pendant 80 jours par an. À la fin du siècle, jusqu’à 118 jours pourraient être inhabituellement chauds, même si les émissions de gaz à effet de serre déclinent encore après 2040 », expliquent les auteurs. Si les émissions continuent comme aujourd’hui, ce chiffre serait porté à 200 jours…

 

La zone géographique concernée par l’étude est aujourd’hui habitée par 500 millions de personnes, et l’on a peine à imaginer l’effet produit par un exode climatique, qui pourrait alors surpasser, de loin, la crise actuelle des réfugiés.

 

Reste à savoir si ces situations catastrophiques pourraient être évitées… mais cela réclamerait probablement un changement de civilisation à l’échelle mondiale, ce qui semble aujourd’hui totalement improbable.

 Avatar de Jean-Paul Fritz

Par 
Chroniqueur sciences

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