Il est un secteur qui s’est bien porté cet été : celui du reconditionnement de téléphones portables. Deux importantes annonces de levées de fonds ont rythmé les vacances avec Back Market en juin,  41 millions récoltés , et Remade en août ( 125 millions en dette ). Plus tôt dans l’année, un autre acteur français avait su séduire les investisseurs, Recommerce, qui a bouclé un tour de table de  50 millions en février .

Sur ce marché encore jeune mais à très haut potentiel – IDC le projette à 52,7 milliards de dollars pour 2022 – certains espèrent voir émerger un géant français. « Il se pourrait que le troisième vendeur de smartphone dans le monde ne soit pas une marque asiatique, mais un acteur du reconditionnement », avance Valérie Ducourty, directrice d’investissement chez Idinvest, qui accompagne Remade depuis 2015.

Différents modèles

Bien qu’elles visent le même marché, les trois principales start-up françaises du reconditionnement misent sur des modèles différents. Back Market met en relation des reconditionneurs et des clients. Un modèle de market place gagnant, puisqu’il lui a permis d’afficher un chiffre d’affaires de 96 millions en 2017.

Avec un volume d’affaire de 130 millions l’année dernière, Remade opère quant à lui sur toute la chaîne de production, de la récupération des iPhones au reconditionnement jusqu’à la vente, en direct ou à des distributeurs. Recommerce choisit de son côté de sous-traiter le reconditionnement à des usines partenaires, mais concentre ses forces sur le sourcing de téléphones – de toutes marques -, grâce à des partenariats avec des opérateurs (Bouygues Telecom, Free et SFR) ainsi que sur le développement d’une technologie permettant de prédire le prix des produits et d’assurer leur traçabilité.

Dans un marché sur lequel le volume est décisif, tous ont rapidement cherché à se développer à l’internationalMatthieu Millet, fondateur de Remade, indique que la présence de son entreprise dans différents pays permet en outre d’équilibrer les différences d’appétence des populations, parfois plus enclines à vendre leurs téléphones usagés et parfois plus intéressées par l’achat d’un téléphone reconditionné. Benoît Varin, co-fondateur et Directeur Qualité de Recommerce Group, affirme lui « miser sur l’économie circulaire, et revendre les téléphones dans le pays où ils ont été achetés », même s’ils n’y sont pas nécessairement reconditionnés.

Combat autour de la qualité

Foison de « reconditionneurs » fleurissent en Europe et dans le monde, du magasin de rue aux acteurs plus structurés comme l’Allemand Rebuy, qui vient de se lancer aux Royaume-Uni après l’Allemagne, l’Autriche, la France et les Pays-Bas. Pour se distinguer, les acteurs Français misent sur la qualité, sans laquelle acheteurs, opérateurs et distributeurs prendront la fuite. « Il y a de la place pour plusieurs acteurs, même en France, affirme Matthieu Millet, qui vise les 7 à 10 % de part de marché mondial ; à condition qu’ils maîtrisent vraiment l’art du reconditionnement ».

Sur Internet, les commentaires négatifs des déçus du reconditionné fleurissent. Signal faible que les acteurs du secteur feraient bien d’écouter ? « Si le pari de la qualité est gagné, la consolidation se fera dans un an ou deux, projette Valérie Ducourty. Sans cela, le marché risque de s’éteindre de lui-même. »