En fermant ses frontières aux déchets occidentaux de papier et de plastique l’an dernier, la Chine a ébranlé le recyclage mondial. L’Europe prend conscience de la nécessité de davantage recycler localement.

 

Tombée à l’été 2017 comme un couperet, la décision de la Chine de fermer ses frontières aux déchets étrangers de papier et de plastique a ébranlé l’industrie mondiale du recyclage. Jusqu’alors, les recycleurs d’Europe et des Etats-Unis se bornaient souvent à un trisommaire avant de revendre les déchets à la Chine. Puis cette dernière a rentrouvert la porte aux déchets de papier, mais avec des exigences de qualité de tri que n’arrivent pas à atteindre nombre de recycleurs, notamment Français.

Résultat : « Aujourd’hui la côte ouest des Etats-Unis et l’Europe ont des stocks trop importants de plastique et de papier », observe Arnaud Brunet au Bureau International du Recyclage (BIR). Selon les estimations du BIR, les importations chinoises de plastique ne devraient pas dépasser 1,5 million de tonnes cette année, contre 7,3 millions en 2016, toutes résines confondues. A cela devrait s’ajouter 18,6 millions de tonnes de papier, à comparer à 29 millions en 2016. Les métaux, eux, sont toujours les bienvenus.

L’Europe, la côte ouest des Etats-Unis et le Japon avaient réorienté leurs déchets papier et plastique vers le Vietnam, la Malaisie, la Thaïlande, et un peu en Inde, « mais l’afflux a été tel que ces pays ont commencé au début de l’été 2018 à restreindre les importations », explique Arnaud Brunet. Tels le Vietnam et la Thaïlande.

Accélérateur

L’affaire chinoise a servi de révélateur sur l’insuffisance du tri et du recyclage européen et a entraîné un sursaut, ainsi qu’une évolution des modèles économiques. « La fermeture de la Chine a été un mal pour un bien, juge Jean-Philippe Carpentier chez Federec. Avant, les usines françaises de recyclage du plastique coulaient par manque de déchets plastiques, ils partaient tous en Chine », qui en offrait un prix imbattable. Aujourd’hui, à Chalons-en-Champagne, l’usine de l’espagnol Machaon (une des seules à recycler le polyéthylène) se fait payer pour reprendre les déchets plastiques et se porte bien.

Les recycleurs de plastique trouvent enfin un modèle économique, les centres de tri doivent gagner en performance ou disparaître et Bruxelles, ayant pris conscience avec la fermeture de la Chine de l’insuffisance du recyclage local, n’hésite plus à imposer maintenant des taux minimums d’emploi de matière recyclée, entre autres sursauts réglementaires. « La situation chinoise est un accélérateur qui force les industriels à investir dans la technologie, la R & D et à monter en qualité, remarque Arnaud Brunet. C’est douloureux à court terme, mais salvateur sur le long terme ».