La voiture du futur sera celle qu’on ne fabriquera pas

La voiture du futur sera celle qu’on ne fabriquera pas

© REUTERS

Une voiture n’est jamais à zéro émission. Produire et détruire des véhicules constituent des gouffres de pollutions diverses qu’il faut intégrer dans tous les calculs.

Nos élus discutent, promulguent des lois et négocient, à renfort de grandes campagnes publicitaires, avec tous les patrons « multimédias » pour tenter d’imposer des câbles standards pour nos smartphones et autres matériels connectés.

 

Il s’agit d’une vraie bonne idée. Toutefois vu l’urgence climatique, ne faudrait-il pas hiérarchiser la dépollution des projets à considérer ?,

 

Je voudrais traiter le cas de l’automobile du futur.

 

En 2020, le prochain gouvernement belge voudrait imposer des voitures de société à zéro émission … des voitures électriques. En 2008, la même administration offrait 15% de subsides à l’achat d’un véhicule qui émettait moins de 103 gr de CO2 : 15% sur le cuir, le GPS, le toit ouvrant, les jantes spéciales, … une prime d’une légitimité très discutable. Il y a une dizaine d’années, le diesel aujourd’hui banni, se voyait invariablement sponsorisé par des primes déraisonnables. Ces voitures encouragées par l’état en 2008 sont actuellement devenues indésirables dans de nombreuses grandes villes car trop polluantes.

 

Les états, incapables de garantir un approvisionnement continu en électricité, misent sur des moyens de transports mus par cette énergie alors que nous vivons encore avec un parc électrique « non développé » et avec une improvisation totale quant à la production éco-responsable de ce futur besoin en électricité.

 

Demain, si ces mêmes états nous proposent de subsidier les voitures à l’hydrogène, que fera-t-on du parc électrique devenu obsolète ? Quel sera le coût du recyclage ?

 

Quoiqu’il en soit, la logique reste invariablement la même, nourrir l’équation capitaliste du gaspillage et de l’épuisement des ressources naturelles pour favoriser le bien-être d’un petit nombre.

 

Une voiture n’est jamais à zéro émission

La politique en général est gérée sans aucune véritable vision à long terme mais bien avec le souci de répondre aux besoins d’acteurs économiques qui gèrent nos quotidiens tout en imposant à l’homme de la rue le programme dans lequel il doit impérativement s’inscrire pour survivre.

 

Bien que le véhicule particulier puisse évoquer un attribut social de son détenteur, son but initial n’en reste pas moins très basic : permettre un déplacement rapide et sécurisé d’un point vers un autre. L’homme devrait donc se concentrer sur cet objectif plutôt que de continuer à favoriser la destruction constante de nos ressources épuisables pour répondre à des besoins temporaires et non essentiels.

 

Une voiture n’est jamais à zéro émission. Produire un nouveau véhicule implique aussi la destruction d’un autre véhicule et de l’entièreté de son équipement (roues, volant, sièges, pare-brise, portières, …). Produire et détruire des véhicules constituent des gouffres de pollutions diverses qu’il faut intégrer dans tous les calculs. Sans quoi, produire des nouveaux véhicules à zéro émission répondrait de manière totalement erronée au problème posé : comment promouvoir les déplacements humains éphémères tout en préservant notre planète à longue échéance ?

 

Une idée, comme pour les câbles de nos smartphones, serait de créer des modèles (moteurs) standards, réparables et récupérables à souhait.

 

Certaines marques s’engageraient dans la recherche et le développement pour proposer des alternatives éco-responsables tandis que d’autres investiraient dans l’industrialisation des processus de fabrication et de recyclage; des usines dont la valorisation serait liée à leur efficacité pour le respect de la planète plutôt qu’à leurs éventuelles marges bénéficiaires.

 

Dette écologique

Ma voiture a 17 ans, elle roule parfaitement et répond à tous les besoins du transport particulier. Si elle consomme trop de CO2 par rapport à un nouveau véhicule, il faudrait calculer ce que ça couterait en CO2 et autres ressources naturelles pour détruire ce véhicule et le remplacer par un nouveau qui, lui aussi, partirait avec une nouvelle dette écologique liée à son futur potentiel de destruction lorsqu’un nouveau mode de transport lui sera préféré.

 

Instinctivement, le véhicule du futur serait celui qu’on ne produirait plus mais qu’on amenderait en incluant, dans tous nos calculs, l’impact écologique du recyclage.

 

Avant de changer de paradigme automobile, il semblerait impératif d’identifier les éléments réellement améliorables du parc existant, tout en rédigeant un bilan écologique complet de l’opération envisagée. S’arrêter à la seule émission de CO2 lors de l’utilisation d’un véhicule n’a aucun sens. Tout acte doit s’analyser dans sa globalité. Un résultat est la conséquence d’une chaîne d’opérations liées et non une donnée unique et indépendante de tout contexte.

 

La pensée économique actuelle manque de raisonnement bienveillant. Présenter des résultats partiels en dissimulant des coûts globaux (maquillage, greenwashing, …) recèle de l’imposture intellectuelle.

 

A l’heure du salon de l’auto, se pavaner avec des véhicules à zéro émission dans nos belles capitales alors que d’autres pays deviennent nos poubelles pour nous permettre, à nous les riches de ce monde, de respirer un bon air n’est pas tolérable.

 

La gestion de notre humanité, dirigée actuellement par des spéculateurs, à très court terme, devrait être confiée à des justes avec une vision globale pour un avenir durable.

 

Paul Yves Poumay
Economiste Art World Institute ASBL
GRSE
Duvigneaud
Sametal
Wilmet