Le Comité économique et social européen (CESE) a analysé l’impact, sur les intentions d’achat des consommateurs, de l’affichage de la durée de vie des produits, ainsi que des différents modes d’affichage de ces informations.

Intitulée « les effets de l’affichage de la durée d’utilisation des produits sur les consommateurs », l’étude montre qu’il existe un lien entre l’affichage de la durée de vie d’un produit et le comportement des consommateurs. Il y aurait 56 % de vente en plus pour les produits à longue durée de vie si la durabilité du produit était clairement indiquée.

L’étude a été menée dans six pays d’Europe auprès de 3000 participants. Un faux site d’e-commerce a été conçu pour analyser les comportements d’achat. Le CESE et ses collaborateurs ont testé les effets d’un affichage sur neuf types de produits. Les participants pouvaient choisir parmi 10 modèles différents pour chaque catégorie de produit.

Des résultats différents pour chaque produit

Pour certains produits labellisés durables, l’augmentation des ventes est spectaculaire : 128 % pour les valises et 70 % pour les imprimantes. Pour d’autres, par contre, les résultats sont plus médiocres. Les téléviseurs durables n’ont connu aucune augmentation et les smartphones plus durables une amélioration des ventes minime (41 %).

Ces résultats nuancés s’expliquent de différentes manières suivant les produits.

La valise est par exemple un objet itinérant. Sa qualité est donc une caractéristique importante. De plus on ne l’utilise qu’assez rarement en général. Une certaine durabilité peut être légitimement espérée par le consommateur.

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Les imprimantes elles font parties des appareils à la plus courte durée de vie. A tel point que s’en est devenue un représentation collective. Mettre fin à cette croyance grâce à un label durable est sûrement à la base de l’augmentation des ventes des imprimantes durables.

Pour les GSM, l’explication est tout autre. Il s’agirait plus d’un produit basé sur le plaisir. De plus, une évolution constante et rapide est en place dans le milieu de la téléphonie. Le consommateur ressentira donc assez vite l’envie de changer de téléphone portable.

Les résultats médiocres des téléviseurs seraient par contre dus aux différents modèles proposés par l’étude. Ils seraient trop ressemblants les uns aux autres, les consommateurs n’auraient pas ressenti le besoin d’acheter un tel modèle par rapport à un autre.

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Prêts à payer plus

Il est à noter que l’importance du caractère durable du produit aux yeux des consommateurs est proportionnelle au montant qu’ils sont prêts à débourser.

90 % des participants déclarent être disposés à payer plus cher pour avoir un lave-vaisselle avec une durée de vie supérieure de deux ans. En moyenne, ils sont prêts à payer 102€ de plus pour cette garantie sur un produit dont le prix d’achat se situerait entre 300 et 500€.

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Les résultats montrent également que le montant que le consommateur est disposé à mettre pour avoir un produit plus durable évolue avec le PIB du pays dans lequel il réside.

Il y a donc des variations entre les différents pays. Les Français sont les plus sensibles aux informations relatives à la durabilité, avec une augmentation de 118 % pour les produits durables. Les Belges et les Néerlandais (45 %) sont à la traîne. Les Tchèques et espagnols eux avoisinent les 30 %.

Profil type

La dimension sociale de l’obsolescence programmée a aussi été étudiée. Les personnes à faibles revenus étant plus susceptibles d’en pâtir puisqu’elles achètent souvent des produits moins coûteux, qui sont donc moins fiables.

Un profil type du consommateur durable a été établi par le CESE. Il s’agirait d’une femme entre 25 et 35 ans, dont les revenus du foyer seraient supérieurs à la moyenne.

Le format d’étiquette

Les consommateurs ont été confrontés à quatre types d’étiquette durant l’enquête.

«  L’affichage d’informations sur la durée de vie des produits influence de manière notable les intentions d’achat des consommateurs. Certaines étiquettes sont plus efficaces que d’autres. L’option optimale consisterait à mentionner sur l’emballage du produit des informations détaillées sur sa durée de vie absolue, et à les illustrer, sans doute visuellement, de manière à ce qu’elles soient aisément compréhensibles  », déclare Mathieu Jahnich, responsable de l’étude.

Les étiquettes affichant la durée de vie sur le modèle du classement pour la consommation énergétique des appareils (A à G) s’avèrent les plus efficaces en termes d’accroissement des ventes (+84 %).

Appel lancé à la Commission européenne

Ces chiffres confortent la position prise par le CESE dans son avis, publié en 2003, sur le thème « Pour une consommation durable : la durée de vie des produits de l’industrie et de l’information du consommateur au service d’une confiance retrouvée ».

En effet, la mention explicite de la durée de vie minimale garantie d’un produit contribue à renforcer la confiance des consommateurs vis-à-vis des entreprises et, à terme, à passer d’une société du gaspillage à une société durable. Le CESE préconise d’imposer aux fabricants la prise en charge des coûts de recyclage des produits dont la durée de vie est inférieure à cinq ans.

« Ce que montre de manière indiscutable cette première étude européenne, c’est que le problème de l’obsolescence programmée ne résulte pas tant d’une programmation calculée de l’obsolescence, mais plutôt d’un manque d’information du consommateur sur la durée de vie des produits  », déclare Thierry Libaert, rapporteur de l’avis du CESE.

Le CESE appelle donc la Commission européenne à élaborer une législation européenne sur l’obsolescence programmée. Il propose que l’industrie instaure des dispositifs de certification volontaire et encourage les citoyens à se mobiliser et à agir pour amener un changement des mentalités.