Qui n’a jamais rêvé d’une maison avec vue modifiable à l’envi ? C’est le concept des « tiny houses ». Ces minuscules habitats concentrent le confort moderne en une dizaine de mètres carrés. Montés sur roues, ils peuvent être tractés et déposés là où on le souhaite.

Les tiny houses ont émergé aux Etats-Unis après le désastre causé par l’ouragan Katrina et la crise des subprimes. Reposant sur trois grandes idées – réduction de l’espace exploitable, durabilité de l’habitat et coût abordable –, ce concept tend à s’implanter de ce côté-ci de l’Atlantique.

Thibault Lebrun, charpentier à Hamois, s’est lancé depuis peu dans la conception et construction de tiny houses. «  Pour une petite maison de 10 m² au sol et un lit en mezzanine de 4 m², il faut compter 32.000 euros. Cela répond à un désir de nombreux jeunes de ne pas vouloir s’endetter sur 20 à 30 ans pour devenir propriétaire. Et ainsi, de pouvoir travailler moins pour profiter davantage de la vie en dehors de la société de consommation. »

Fini de sacrifier de précieuses heures à astiquer des bibelots inutiles, de laver des fenêtres à travers lesquelles on regarde si peu ou de traîner l’aspirateur pour ôter des poussières qui s’accumulent dans ces pièces où on ne vit pas. Les tiny houses, ce sont des maisons anti-corvée et un pas vers la sobriété.

Mais si l’espace est mini, le confort est là aussi. Petite cuisine équipée, salle de douche où l’on se lave exclusivement avec des savons écologiques, toilette sèche (dont le contenu sera par la suite étalé sur le potager pour faire pousser les légumes, comme le faisaient nos grands-parents), petit salon et coin à manger, lit en mezzanine, chaque centimètre carré est pensé et intelligemment utilisé.

« Je n’ai jamais rien vu d’aussi confortable, ça correspond tip top à ce dont j’avais besoin. Je suis même dans le pré de mes ânes », explique Fanny, jeune trentenaire fraîchement installée avec sa fille dans une micro-maison placée au plus près de son activité agricole dans le Condroz. Pour 12,5 m² de rez-de-chaussée et une même superficie de mezzanine, son nid lui a coûté 40.000 euros.

Pas de domiciliation

Par ailleurs, cette solution d’habitat est à la fois économique et écologique étant donné qu’elle consomme très peu d’énergie et de biens. On y vise l’autonomie en ressources. L’électricité est apportée par le panneau solaire placé sur le toit. Si cela n’est pas suffisant, un câble sera tiré jusqu’à une maison voisine pour se raccorder au réseau. Une démarche similaire est à prévoir pour être alimenté en eau.

Mais attention, si ces mini-maisons ont de nombreux atouts, tout n’est pas rose pour autant. En Belgique, il est impossible de s’y domicilier. Au même titre que n’importe quel autre habitat léger (caravane, roulotte, yourte, etc.) où vivent pourtant à l’année quelque 15.000 Belges, les tiny houses ne sont pas reconnues comme logement par le Cwatupe (code wallon d’aménagement du territoire et de l’urbanisme). La raison ? Principalement la (trop) faible superficie, qui ne respecte pas les conditions de salubrité énumérées dans le code wallon du logement, lesquelles ont été établies pour protéger contre les marchands de sommeil.

Enfin, pour pouvoir être tractée sur la route avec un simple permis B, comme une caravane, la tiny house doit répondre à des exigences légales : maximum 2,55 m de large et 3,5 tonnes. Dans le cas contraire, un permis de conduire poids lourd sera nécessaire.

Un conteneur marin mué en petit habitat durable

Classiquement, les maisons sont en briques. Mais, à mesure que l’ossature bois gagne du terrain, d’autres, façonnées à partir de conteneurs maritimes, émergent. COF, une entreprise amaytoise (province de Liège) de formation par le travail, s’est spécialisée dans la transformation de ces grands parallélépipèdes d’acier Corten en logements durables. Depuis 2011, elle a aménagé une trentaine de «Cofcubes», nom donné à ces espaces de vie modulables. Actuellement, elle travaille sur un ensemble immobilier de 11logements répartis sur trois étages qui prendra vie sur un terrain dont elle est propriétaire à Amay. Le prix moyen pour un logement de 25m2, entièrement équipé (cuisine, salle de bain, mobilier, etc.), est de 35.000euros HTVA.

Comme matière première, des conteneurs marins de 8, 15, 25 et 28m2, livrés depuis le port d’Anvers. Ils s’inscrivent dans le développement durable grâce à leurs excellentes performances énergétiques et à leur volume modulable.

La famille s’agrandit? Un conteneur supplémentaire placé sur ou à côté de la structure existante pourra accueillir les nouvelles âmes. Et lorsque sera venu le temps pour les enfants de voler de leurs propres ailes, le logement parental pourra être réduit en enlevant les conteneurs superflus. On évite ainsi les dépenses énergétiques faramineuses des maisons surdimensionnées.

Pour ses solutions innovantes en termes de logement, COF a été primé. Il a ainsi remporté le prix de l’Innovation sociale en 2014 pour son projet de Module habitable plan habitat permanent (HP) et le prix 2015 du Développement durable de la province de Liège.