Transition alimentaire : les villes peuvent jouer un rôle central

Transition alimentaire : les villes peuvent jouer un rôle central

En 2050, 80% de la nourriture mondiale sera consommée dans les villes.
                                                                           En 2050, 80% de la nourriture mondiale sera consommée dans les villes. (Crédits : Reuters)
Consommatrices de nourriture et productrices de déchets, les villes doivent prendre leurs responsabilités, pointe un rapport de la fondation Ellen MacArthur.

Les solutions divergent certes dans les détails. Mais de nombreux rapports publiés au cours des derniers mois s’accordent sur le fond: afin de satisfaire la demande croissante de nourriture prévue d’ici 2050, tout en stabilisant le climat et en préservant la biodiversité, le système agro-alimentaire qui nous nourrit doit changer en profondeur.  Aujourd’hui, déjà, son coût social mondial est énorme, calcule dans un rapport publié ce jeudi 24 janvier à Davos (« Cities and circular economy for food ») la fondation Ellen MacArthur .

« Pour chaque dollar dépensé en nourriture, la société en dépense deux en frais sanitaires, environnementaux et économiques ».

Or « la moitié de ces coûts – 5.700 milliards de dollars par an au niveau mondial – sont dus à la manière dans laquelle la nourriture est produite », écrit la fondation, en pointant notamment du doigt un système de production « linéaire » « qui extrait des ressources limitées, est gaspilleur comme polluant et nuit aux systèmes naturels ».

5 millions de vies par an en danger en 2050

 

Ce modèle de production « coûte à la société autant que l’ensemble des dépenses liées à la consommation de nourriture (par exemple à l’obésité ou à la malnutrition) », souligne la fondation Ellen MacArthur.

Sans compter le coût humain: environ 5 millions de vies par an pourraient être mises en danger en 2050 par les méthodes actuelles de production de nourriture -notamment par l’utilisation de pesticides et d’antibiotiques-, « deux fois plus que le bilan actuel de l’obésité », selon l’étude.

Comment alors développer un modèle de production alimentaire « régénérateur », à savoir capable d’améliorer la santé des humains comme des écosystèmes locaux? L’objectif, « atteignable », demande certes un « effort de changement »mondial et impliquant l’ensemble de la chaîne de valeur. Mais dans cette voie, une entité peut jouer un rôle particulièrement important: les villes. En 2050, 80% de la nourriture mondiale y sera en effet consommée. L’ensemble des acteurs urbains, publics comme privés, peuvent ainsi agir à deux niveaux essentiels pour la transition, souligne la fondation Ellen MacArthur, qui a notamment étudié la situation démographique, géographique et socio-économique, ainsi que les initiatives, de quatre villes: Bruxelles (Belgique), Guelph (Canada), Porto (Portugal) et  Sao Paulo (Brésil).

Des « hubs d’innovation »

Le premier champ d’action consiste dans l’approvisionnement. Grands distributeurs, restaurateurs, écoles, hôpitaux, citoyens, etc. devraient privilégier des aliments nourrissants et produits via des techniques « régénératrices » -entendues au sens large: bio, rotation des cultures et des pâturages, agro-écologie, agro-foresterie, agriculture de conservation, permaculture, aquaponie, etc.-, suggère l’étude. Ces modes de production devraient également être valorisés au stade de la conception comme du marketing des aliments transformés, note la fondation, citant l’exemple des alternatives végétales aux protéines animales.

Le deuxième champ d’action consiste dans la valorisation maximale des aliments. Dans une logique visant non plus seulement à réduire le gaspillage alimentaire évitable, mais carrément à imaginer un avenir sans déchets alimentaires, les acteurs urbains peuvent en effet aussi jouer un rôle incontournable. Les municipalités peuvent organiser la collecte et la valorisation des biodéchets, au profit des agriculteurs de proximité. Les chercheurs et les industriels peuvent concevoir des produits valorisant au maximum les sous-produits alimentaires, allant des aliments à l’énergie, des fertilisants aux bio-matériaux, et soutenir ainsi le secteur de la bio-économie.

Ils peuvent également contribuer à l’élimination de certains additifs qui limitent les possibilités de valorisation des bio-déchets.

 

« En tant que hubs d’innovation et de connectivité, les villes sont idéalement placées pour réussir à relier tous les éléments de la chaîne de valeur alimentaire », conclut le rapport.

4,3 milliards de tonnes de CO2 évitées

De telles politiques permettraient aux villes de resserrer les liens avec leurs zones péri-urbaines (définies dans le rapport comme les territoires compris dans un rayon de 20 kilomètres), « qui détiennent déjà 40% des terres cultivées du monde ». A Bruxelles, jusqu’à 90% des besoins d’aliments locaux pourraient être satisfaits par l’agriculture des campagnes autour, souligne l’uns des auteurs du rapport, Clementine Schouteden. En diversifiant les sources d’approvisionnement et en améliorer l’état des sols, de l’air et de l’eau des zones rurales, de telles politiques accroîtraient également les capacités de résilience des villes. Elles auraient également un impact positif sur la culture des citadins en matière de nature et de nourriture, sur la traçabilité et la sécurité alimentaires, ainsi que sur la production de déchets d’emballages.

La fondation Ellen MacArthur calcule notamment que si toutes les villes jouaient le jeu, si leurs initiatives se nourrissaient réciproquement, si politiques publiques, innovations, instruments financiers et communication étaient mis au service du même objectif, les émissions de gaz à effet de serre annuelles mondiales baisseraient de 4,3 milliards de tonnes de CO2 équivalent -comme si l’ensemble du milliard de voitures existant au monde arrêtaient de rouler. La dégradation de 15 millions d’hectares de terres arables par an serait évitée, et 450.000 milliards de litres d’eau seraient économisés. En prenant également en compte les  bénéfices sanitaires, la réduction du gaspillage et la valorisation des biodéchets, l’étude calcule que quelque 2700 milliards de dollars de bénéfices économiques annuels seraient générés ainsi par un changement de paradigme de la part des villes.

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